12.07.2007
Bourgogne : Terre retrouvée et Rêve Européen
31.08.2006
En 1978, un bourguignon plutôt méconnu dans sa région apparaissait un soir sur les écrans de télévision. Avec la Billebaude, le roman de sa terre retrouvée, Henri Vincenot bouleversait la France.
Vincenot remuait au fond d’eux-mêmes bon nombre de nos compatriotes qui n’entendaient que très rarement ou jamais l’expression de leurs sentiments profonds, de fidélité à leurs racines et à leurs traditions, quasiment inexprimés dans la culture médiatique dominante.
La rencontre de cette sensibilité étouffée avec un porte-parole audacieux, qui avait osé rompre avec le conformisme de la culture moderne, déracinée, fut éblouissante. Elle prenait part au formidable succès de la littérature régionale, quelquefois appelée négativement régionaliste, de Pierre Jakez-Hélias ou d’Emmanuel Leroy-Ladurie, pour ne citer que ces exemples.
L’inquiétude devant l’avenir dans nos sociétés n’était pas étrangère à cette communion. De plus, la crise, conséquence alors des chocs pétroliers, venait de révéler la précarité de la société de consommation et de sa valeur fondamentale, la foi en un « progrès » matériel indéfini.
L’obligation croissante de vivre dans les grands ensembles urbains, sans âme, sans identité, pesait tout autant que ces fléaux d’accompagnement, le chômage, l’insécurité, la drogue et tant d’autres phénomènes délétères.
L’angoisse de la « fosse de Babel » dans laquelle beaucoup d’hommes et de femmes de condition modeste se trouvaient de plus en plus plongés était enfin exprimée, et, par là, un peu conjurée.
Elle pouvait enfin se dissiper dans l’évocation libératrice du Retour, retour à ses racines perdues, retour à un coin de terre.
Cette évasion, qui a pu être considérée comme une mode, à cette époque, continue.
Dépouillée aujourd’hui de ses côtés spectaculaires, voire un peu folkloriques, elle se perpétue et n’en est pas moins forte pour autant. Elle prend, dans sa vie sociale, des formes diverses et plus discrètes.
Ce mouvement n’est pas nécessairement lié à un sentiment d’appartenance à une région bien spécifique, à une terre natale de plus en plus accidentelle. Il est d’abord Refus du mode et du cadre de vie des grandes métropoles urbaines, de plus en plus étrangères, refus des conditions aliénantes de nos sociétés marchandes, et Retour à la terre, avec ses valeurs stables et éternelles de villages et de cités, harmonieuses quand elles ont conservé l’alliance avec leur environnement, de paysages, d’arbres et de collines, de rivières et d’étangs, de vieilles pierres porteuses de combien de Mystères et de Mémoire supérieure.
Le professeur Johannès Thomasset, ami de Gaston Roupnel, écrivait à propos de la Bourgogne, dans son bel ouvrage « Paysages et cités » en 1932 : « Il a fallu pour qu’en ces vallées offertes à tous les vents d’Europe, en ces collines si aisées à franchir, se gardât un puissant esprit du terroir, que les génies du sol fussent bien puissants et bien chers au cœur des hommes et que le vin versât à ses dieux et à ses fidèles bien des flammes »
En fait, la Bourgogne, au carrefour des peuples d’Europe est une terre médiane où s’est réalisé, comme dans la plupart des régions de France et d’Europe un précieux alliage d’influences ethniques et morales, imprégné dans des proportions variables de celtisme, de romanité chrétienne et de germanisme.
Peu différenciée, ainsi, par rapport à ses régions voisines, qui comportent sensiblement les mêmes caractéristiques, elle conserve pourtant paradoxalement une forte résonance mythique.
La place et la puissance de sa terre et son histoire légendaire n’y sont pas étrangère:
De l’épopée des « Nibelungen » récit mythique des ancêtres burgondes à l’aventure chevaleresque des grands ducs d’Occident et de la Toison d’Or, le mot Bourgogne a une résonance magique. Son vin merveilleux est le témoin de la force de son terroir et de la qualité de son soleil d’automne.
Aux limites du Nord et du Sud, aux confins du monde latin et au commencement du monde germanique elle assemble bien la diversité européenne.
Sa position centrale entre deux puissances rivales a été, comme pour d’autres régions ou nations placées comme elle, source de sa richesse et de sa douleur. Douleur des royaumes terrestres brisés et dépecés, douleur de sa faiblesse mais richesse de sa pluralité, richesse morale de l’éternelle résistance des vaincus, richesse de la force de résignation porteuse de haute sagesse et de paix. Et cette médianité vécue et partagée dans cette Europe qui s’est enfin réveillée à l’Est n’est-elle pas aussi un atout majeur pour comprendre les grands changements qui permettront peut-être enfin la réalisation dans la paix et dans l’union du rêve toujours brisé de ceux qui avaient voulu faire l’Europe par la force.
Il faut évoquer, en effet les autres « Bourgognes », les autres régions médianes du centre Europe qui ont connu sensiblement le même destin que la Bourgogne au cours de leur histoire, étant géopolitiquement dans une place analogue par rapport au grandes puissances environnantes.
Dans ces pays, -la Hongrie, la Tchécoslovaquie par exemple- nous sont parvenues des œuvres extraordinairement proches de cet esprit de Bourgogne, qui récuse à la fois les nationalismes étriqués et l’irréductible opposition des contraires : des auteurs tel que Milan Kundera ou György Konrad constituent un authentique foyer spirituel et culturel, autour de la notion de Mittel Europa.
En partant de la diversité et de la pluralité des appartenances il s’agit à partir de l’Europe du milieu de poursuivre sur le continent européen le processus mondial de décolonisation et de créer un monde libre, neutre qui s’étendrait progressivement.
Ne doit -on pas se souvenir des lignes écrites par le général de Gaulle à la fin de ses mémoires à Colombey, sur les bords de notre ancien monde burgonde :
« Le Destin est-il donc scellé ? Est-ce pour toujours la victoire de la mort ? Non! Déjà sous mon sol inerte un sourd travail s’accomplit. Immobile au fond des ténèbres je pressens le merveilleux retour à la lumière de la vie »
Le général de Gaulle évoquait selon ses propres termes le Génie du Renouveau.
Le rêve de fer de l’irrationalité absolue, « rêve surhumain et inhumain » disait-il encore, a pris fin une fois pour toute dans les ruines noircies de la Chancellerie à Berlin.
Pourquoi l’Europe de la Fin aurait-elle dû être allemande ? L’Europe de la Fin doit être européenne et le sera...
La seule question libératrice : Au fond d’elles-mêmes, les nations retrouveront-elles le jour venu la réalité brûlante de la « nation d’avant les nations » le legs transcendantal de « la nation indo-européenne » de nos origines antérieures ?
Morigane
17:20 Publié dans 1. Orientations | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Bourgogne, Europe, regionalisme
Commentaires
SUPERBE TEXTE !
BELLE REFLEXION SUR LA BOURGOGNE COMME EXEMPLE DE MITTLE EUROPA...
BRAVO!
Ecrit par : FREYA | 01.09.2006
Enfin un texte sur la Bougogne "porteur de sens".
Ecrit par : Gilbert | 02.09.2006
Je me suis permis de "piquer" ce magnifique texte sur Vincenot et la Bourgogne, pour le poster sur notre site Breizh Info.
Pour deux raisons.
D'abord mon amour pour la Bourgogne et son peuple,
Ensuite mon respect pour Vincenot, barde moderne et conteur celte remarquable.
Entre la Bretagne et la Bourgogne, c'est plus qu'une histoire, c'est une histoire d'amour.
Maximilien Ier de Habsbourg (Autriche) épousa en 1477 Marie de Bourgogne dont il eut deux enfants. Puis, veuf de sa première épouse Marie de Bourgogne, il épousa Anne de Bretagne par procuration le 19 décembre 1490.
Hélas, ce mariage ne fut pas accompli, car le roi de France Charles VIII réagit en envahissant la Bretagne, en faisant annuler ce mariage pour non-consommation et en épousant lui-même Anne sans attendre l'annulation...
Par la suite, son successeur, Louis XII, reçut en 1504 de Maximilien Ier d'Autriche la Bourgogne, l'Auxerrois, ...
Quel aurait été l'histoire de l'Europe si Anne avait réellement épousé Maximilen? Que serait devenue la France si les eux duchés avaient été réunis?
Pour bâtir l'Europe, je propose une sainte alliance fédéraliste et régionaliste entre la Bretagne et la Bourgogne.
A greiz kalon
Claude Guillemain
Breizh 2004
http://breizh.info
Ecrit par : Claude Guillemain | 04.09.2006
j'avoue l'idée intéressante... Regrets du temps jadis...
J'ai regardé votre site. Il est assez complet et plutôt juste.
Après une brève conversation avec les autres membres je pense qu'il se trouvera bientôt dans nos liens...
Salutations Burgondes frère Breton.
Ecrit par : Morigane | 04.09.2006
12:33 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Le pitbull de la bourgeoisie
30.08.2006
Les Pitbull de la bourgeoisie
Depuis 1945 la guerre antisubversive a visé différents adversaires des hommes du pouvoir : communistes et syndicalistes bien sûr, mais aussi militants anticolonialistes, gauchistes et activistes de l'OAS.
« On n'aurait jamais imaginé qu'un gouvernement démocratique se permette d'agir comme des terroristes » se souvient O'Sullivan, ancien membre de l'équipage du Rainbow warrior, à l'occasion des 20 ans du sabotage du navire. Le 10 juillet 1985, le bateau de Greenpeace qui menait une campagne contre les essais nucléaires dans le Pacifique explose et coule, un journaliste portugais est tué. Cette opération des services secrets français, baptisée Satanic, est un véritable fiasco. Charles Hernu, ministre de la Défense est mis en cause, le chef de la DGSE est rapidement limogé et l'on sait aujourd'hui que François Mitterrand avait donné son feu vert.
L'histoire de la Ve République est truffée de ce type de coups tordus, qui ont souvent tourné au désastre et au limogeage des lampistes. La dernière « maladresse » de ces agents très spéciaux est l'incendie de la paillote Chez Francis sur une plage corse en avril 1999 par les gendarmes du GPS (Groupe de peloton de sécurité) installés sur l'île de beauté pour régler leur compte aux nationalistes corses et doubler leurs camarades policiers.
Quelques affaires du même genre restent dans les mémoires : en décembre 1973, un dessinateur surprend des agents de la DST (contre espionnage) en train de placer des micros sous le parquet des locaux du Canard enchaîné (non lieu). Autre affaire célèbre : l'assassinat du garde du corps d'Alain Delon, Stephan Markovic, en septembre 1968 alors qu'il tentait de faire chanter de hautes personnalités dont la femme de Georges Pompidou. Pour rester sur la disparition des personnages encombrants, citons l'assassinat du député giscardien Jean de Broglie en décembre 1976 par un policier et des truands (commanditaires jamais identifiés), ou le faux suicide du ministre du travail Robert Boulin en octobre 1979 accompagné de la disparition de ses dossiers compromettants. Tout cela bien évidemment au nom de l'impérieuse Raison d'Etat.
Elle justifie bien des pratiques, de l'exécution d'opposants ou de détenteurs de secrets gênants aux actions plus courantes comme la surveillance et la mise sur écoute systématique de personnes qui dérangent. Pratiques guère étonnantes dans une République issue d'un coup de force et baignée dès ses débuts dans le grenouillage d'agents secrets, hommes de main et autres aventuriers de la politique. Si le principe barbouzard est au cœur de la Ve République et a été érigé en mode de gouvernement, notamment en Afrique, il n'est pas né avec elle.
Dès la structuration de la résistance durant l'occupation nazie, les enjeux de pouvoir entraînent des luttes terribles pour savoir qui dominera le pays lors de la Libération . En 1945, le Parti communiste est la force politique la plus puissante en terme de prestige et de militants, beaucoup sont encore armés. La bourgeoisie française veut tout faire pour diminuer l'influence communiste. A l'échelle de l'Europe, les capitalistes, pour beaucoup anciens collabos, tentent par tous les moyens de contenir le « péril rouge ». Obsédés par le risque d'extension de la sphère d'influence soviétique en Europe occidentale, les Etats-Unis vont mettre de nombreux moyens à leur disposition, comme le fameux plan Marshall.
Prenons le cas de Marseille – carrefour de nombreux enjeux – pour montrer la dureté de l'affrontement entre une classe ouvrière appauvrie mais déterminée et une bourgeoisie compromise en pleine reconstruction prête à utiliser des méthodes extra légales.
Jusqu'en 1946, les communistes et les socialistes sont unis. En 1947, c'est la rupture; ils s'affrontent, notamment dans la rue. Les socialistes s'allient avec la pègre locale (preuve que le gaullisme n'a pas ce monopole). Depuis les années 30, les truands jouent un rôle croissant dans la vie politique de la cité phocéenne. Les célèbres Carbone et Spirito s'associent à Simon Sabiani, maire adjoint fasciste, et affrontent en 1934 les dockers et les syndicalistes. Ils s'impliquent ensuite dans la collaboration. L'Occupation va accentuer la politisation des truands, phénomène qui persistera d'ailleurs, comme nous le verrons, des décennies après 1945. Revenons à 1947, au niveau national, la vie est chère, les ministres communistes vont bientôt quitter le gouvernement. A Marseille le climat social est tendu, la CGT boycotte les tramways suite à une augmentation des prix. Des affrontements se produisent en novembre après le tabassage de conseillers municipaux communistes par des truands. 40 000 manifestants se retrouvent devant l'hôtel de ville, une partie d'entre eux envahit alors le quartier de la pègre. Les frères Guérini, alliés des socialistes, tirent sur les ouvriers. On relève un mort et plusieurs blessés. La ville est bloquée le 13 novembre alors qu'une grève sauvage éclate dans tout le pays pour protester contre la politique d'austérité du gouvernement. L'économie française est paralysée. Les américains misent sur les socialistes marseillais pour briser la grève. Le port de Marseille est un lieu stratégique ouvert sur la Méditerranée pour les exportations du Plan Marshall. Ils ne veulent en aucun cas le laisser aux mains des « rouges ». Jules Moch, ministre socialiste de l'Intérieur réprime brutalement la grève nationale. Il fait appel à l'armée, les heurts les plus sanglants se produisent à Marseille. Les corps de l'Etat sont épurés des communistes. Une équipe de la CIA, en relation avec le PS est envoyée à Marseille pour traiter avec les Guérini afin d'utiliser des méthodes plus radicales pour briser les 80 000 grévistes. Plusieurs syndicalistes seront par la suite assassinés par la pègre. Lors de la grève de dockers de 1950 en pleine guerre d'Indochine, des gros bras payés par la CIA, aidés des Guérini, déchargent les bateaux à la place des syndicalistes ; ce qui permet à la pègre de prendre le contrôle des quais. Le cas marseillais illustre l'atmosphère insurrectionnelle qui règne dans le pays.
Mais les grèves de 1947-48 sont un échec pour la classe ouvrière, la bourgeoisie a gagné son pari. Le climat reste tout de même extrêmement tendu jusqu'en 1953. Le fanatisme anticommuniste s'installe durablement, il justifie tous les coups tordus et l'emploi des méthodes les plus expéditives.
La guerre antisubversive se développe et atteint son apogée lors de la décolonisation. Dès les premiers troubles en Tunisie, une mystérieuse organisation apparaît : la Main rouge . L'assassinat du leader syndicaliste tunisien Ferhat Hached en décembre 1952 est son 1er coup. La Main rouge est le bras armé officieux du SDECE. Ce nom générique sera utilisé par plusieurs réseaux (Catena, Therma…) dans différents pays jusqu'aux débuts des année 60. Organisée comme un service secret parallèle, elle est dirigée par un officier du SDECE, le colonel Mercier, sous les ordres directs de la présidence du Conseil. Ses exécutants sont des agents épaulés, selon les circonstances, par des policiers, des anciens militaires et des petites frappes. L'activité de la Main rouge culmine lors de la décolonisation marocaine entre 1952 et 1956. Elle exécute des leaders indépendantistes et leurs soutiens. Sa logique est de répondre à la violence par la violence, de maintenir un « équilibre de la terreur ». Elle n'hésite pas à viser des Français qui soutiennent la cause marocaine comme Jacques Lemaigre-Dubreuil qu'elle abat en juin 1955. Contrairement à l'OAS, la Main rouge est sous tutelle politique, c'est un bras armé de l'Etat et non une organisation rebelle. Lorsque l'indépendance du Maroc est proclamée, la Main rouge continue de suivre la politique du gouvernement français, elle prépare le terrain au monarque Mohamed V, en éliminant ses adversaires, tels les franges progressistes de l'Istiqlal. L'affaire la plus célèbre concernant la disparition d'un opposant marocain est celle de Medhi Ben Barka. La Main rouge n'y participe pas, mais les méthodes et la composition des exécutants sont dans sa filiation. Le leader tiers-mondiste est enlevé le 29 octobre 1965 à St-Germain-des-Prés. Il est embarqué par deux policiers français et un correspondant du SDECE. Il est conduit dans la villa d'un voyou, ex de la Gestapo française et tenancier de bordel au Maroc : Georges Boucheseiche. Le corps de Ben Barka ne sera jamais retrouvé.
Le sigle « Main rouge » est utilisé durant la guerre d'Algérie lors d'actions de déstabilisation des réseaux du FLN. La Main rouge intervient principalement dans les pays européens : Suisse, Allemagne, Belgique, Italie et Pays-Bas. Les fournisseurs d'armes du FLN sont les principales cibles. La voiture d'Otto Schlüter explose début juin 1957 à Hambourg (il s'en sort), Marcel Lépold est tué par une fléchette de curare à Genève en janvier 1955, Georg Püchert subit un attentat à la voiture piégé à Francort en mars 1959…
La décision de De Gaulle d'accorder l'indépendance à l'Algérie place les hommes de la Main rouge dans une situation délicate. Ils rencontrent l'OAS, la différence de nature des deux structures ne permet pas de trouver un accord. Certains de ses membres participent, à titre individuel aux activités de l'OAS.
A l'image des états d'âme des hommes de la Main rouge, la fin de la guerre d'Algérie est le théâtre d'une guérilla franco-française où tous les coups sont permis et les repères politiques traditionnels embrouillés. De Gaulle est revenu au pouvoir en mai 1958 par un coup de force préparé par ses fidèles. Il n'a aucune confiance dans les services de l'Etat et préfère s'entourer d'hommes de l'ombre, tels Jacques Foccart ou Constantin Melnik, dévoués à sa personne et qui le suivront dans tous ses revirements politiques. Cette conception de l'Etat marquera profondément la Ve République. En Algérie, le conflit n'a pas de limites. Constantin Melnik, chargé des services secrets de janvier 1959 à avril 1962 auprès du 1er ministre Michel Debré, affirme : « les “neutralisations” commises par les services du général de Gaulle durant la guerre d'Algérie sont plus nombreuses que celles perpétrées par les services secrets soviétiques . Au cours de la seule année 1960, 135 personnes ont été « liquidés » au cours d'« opérations homo” [pour “homicide”] du service action du SDECE. Six bateaux ont été coulés et deux avions détruits. La France a disposé, quelle que soit la valeur morale de la politique, d'une puissante et secrète machine à tuer ».
Les militaires français, convaincus de pouvoir triompher, et les partisans de l’Algérie française commencent à s'organiser pour s'opposer à la politique gaulliste. En 1961, des généraux tentent un putsch. L'OAS se constitue. Les attentats commencent. L'Etat français est décidé à rendre coup pour coup aux « séditieux ». Pour cela, il fait appel à des supplétifs clandestins pour des missions de représailles contre les groupes d'action Algérie française. Ces fameuses barbouzes se recrutent dans divers milieux : militants du MPC (Mouvement pour la communauté) de Lucien Bitterlin, flics, truands, experts vietnamiens en arts martiaux, etc. Ils massacrent et torturent des militants de l'OAS avec qui s'engagent une guerre sans merci. Contrairement à ce que l'on a souvent affirmé, le SAC ne participe pas directement à la lutte militaire contre l'OAS . Il se contente de protéger certaines personnes et institutions. Pourtant, cette police parallèle gaulliste est née à la veille de ces événements, officiellement le 4 janvier 1960. Le Rassemblement du peuple français (RPF) créé en 1947 autour de De Gaulle se dote d'un service d'ordre qui fonctionne comme une organisation parallèle . Des anciens de la résistance comme Dominique Ponchardier ou Pierre Debizet, avec dans l'ombre, Jacques Foccart s'entourent de gros bras et n'hésitent pas à faire le coup de poing contre le PC. Le SO disparaît lorsque le RPF s'effondre en 1953. Durant la « traversée du désert » du général, ses hommes noyautent l'appareil d'Etat en attendant le moment propice pour réinstaller leur chef au pouvoir. A son retour, une véritable structure parallèle en lien direct avec lui se met en place : le SAC. Les passerelles avec les institutions officielles (police, armée, justice, service secret) sont nombreuses.
Dans le contexte de la guerre froide, le PC est présenté comme un ennemi et non comme un adversaire politique, il faut alors, pour les gaullistes, se doter d'outils appropriés pour le combattre. Le SAC est présent sur tout le territoire, avec des spécificités régionales, comme ses liens étroits avec le milieu à Marseille, Nice, Lyon ou Grenoble. A son apogée, après mai 68, le Sac regroupe environ 10 000 militants. Du gaullisme de ses débuts il se durcit pour finir, à la fin des années 1970, par tremper dans le banditisme. Parmi les multiples activités du Sac figure la lutte contre-révolutionnaire. Outre les affrontements traditionnels avec le PC, le SAC s'oppose aux « gauchistes ». Dès le 2 mai 68, il rassemble ses troupes et se prépare à jouer un rôle de supplétif de la police dans le printemps chaud qui s'annonce. Il transforme ses locaux en bunker et organise quelques raids. Des petites équipes enlèvent lors des premières manifestations de mai des manifestants et les interrogent afin d'identifier les leaders de la contestation et les structures des organisations gauchistes. Ils dispersent aussi quelques émeutes et prennent part à la contre-offensive policière dans la nuit des barricades du 10 au 11 mai. Ils se tiennent prêts, bien armés et déterminés à passer à une action plus violente. Mais le préfet de police Maurice Grimaud et le ministre de l'Intérieur Christian Fouchet ne souhaitent pas voir ces événements se finir en bain de sang. Une tendance dure, que l'on retrouve à l'œuvre dans d'autres pays [voir article sur Gladio] et une tendance plus modérée s'affrontent. Cette seconde l'emporte. Même lors de l'attaque du siège du SAC par les manifestants le 22 mai, ses défenseurs ne font pas usage de leurs armes. Le pouvoir gaulliste s'inquiète tout de même beaucoup. Le 25 mai, il s'assure auprès de l'Etat-major que l'armée le suit et détermine les unités les plus fiables en cas de coup dur. Mais le 26 mai, il décide que l'intervention d'une milice paramilitaire est préférable à celle de l'armée. Le SAC en constituerait l'ossature. Les gaullistes optent finalement pour une autre solution. Revenu de Baden-Baden où il a rencontré le général Massu, de Gaulle décide de lancer les Comités de défense de la République (CDR) et d'organiser la grande manifestation du 30 mai encadrée par le Sac. Le succès est celui que l'on sait. Si la barbouzerie française fût réunie durant le mois de mai par le pouvoir, il hésita à l'utiliser. L'opération stade aurait été le point d'orgue de l'option contre insurrectionnelle. Cette initiative a été prise durant la quatrième semaine de mai, une des plus chaudes. Il s'agissait de rafler 50 000 « gauchistes » dans 41 villes de France et de les parquer dans des stades. Dans certaines villes comme Grenoble, des équipes se sont préparées dans la nuit du 23 mai pour effectuer les enlèvements et les interrogatoires. Paris décida finalement de reporter l'opération qui finalement fut annulée. En tout cas, le pouvoir gaulliste fortement ébranlé en mai 68, joua la carte de la mobilisation réactionnaire, de la répression policière et du pourrissement de la situation. L'avenir lui prouva qu'il avait choisi la bonne option. Le SAC est ensuite utilisé à la faculté de la Sorbonne ou de Jussieu dans les années 70 lors d'affrontements avec l'extrême gauche. Il perd de son utilité à mesure que les forces de son adversaire s'affaiblissent. Il est finalement dissolu en 1982 suite à la tuerie d'Auriol.
Le Mouvement initiative et liberté (MIL) lui succède, sur un registre nettement plus modéré (collage d'affiches et agitation d'idée). Le MIL sert surtout à durcir le discours du RPR afin que ces franges les plus durs ne se tournent pas vers le FN. Bien que viré du Sac en 1969, son ancien vice-président Charles Pasqua incarne mieux l'héritage du Sac. Il développe de puissants réseaux occultes dévoués à sa personne, notamment en Afrique. Il s'entoure d'anciens du SAC et n'hésite pas à pérenniser le grenouillage et les coups tordus divers.
La bataille contre le communisme ne se déroula pas uniquement dans la rue ou sur le terrain politique. Les entreprises sont aussi investies par les gros bras du SAC et autres barbouzes en reconversion.
Comme nous l'avons vu, les années 1947-48 sont explosives. Le 5 juin 1948, le comité des syndicats indépendants est créé, il devient rapidement la Confédération des syndicats indépendants (CGSI). S'y mêlent anciens collabos, gaullistes de choc et agents américains. Les hommes de l'entreprise Simca en prennent la tête en 1956. Passons sur les détails de luttes internes et des nombreuses scissions, tout cela aboutit à la création de la Confédération française du travail (CFT) à Simca Poissy . La Cgt de cette usine est infiltrée par les nervis de la CFT qui n'hésitent pas à frapper les syndicalistes (les vrais). Jusqu'en 1968, la CFT est surtout implantée à Simca, puis un membre du Sac monte une section chez Citroën. D'autres sections surgissent : Peugeot et Berliet. En novembre 1969, suite à une grève, Peugeot recrute 200 intérimaires mercenaires dont des truands, des membres du SAC . Chez Citroën, de Rennes à Metz, en passant par Paris ou Reims, une grande partie des cadres de la CFT appartiennent au SAC. Des ouvriers portugais sont menacés par des agents de la PIDE (police politique de Salazar). Des flics du roi marocains, syndiqués CFT surveillent et malmènent leurs compatriotes. Entre autres faits d'armes, citons : l'attaque de militants maoïstes en 1970 à Citroën Rennes, le climat de brutalité permanent à Peugeot Bart instauré par Gergy Zana, ancien de la légion étrangère et délégué général CFT, l'assassinat de Pierre Overney en février 1972 devant l'usine Renault Billancourt par Tramoni, ancien adjudant-chef de Massu et membre du service de sécurité de la régie, l'explosion du local Cgt au Creusot en 1975, les 31 opérations recensées entre septembre 1975 et avril 1976 à Aulnay-Citroen, etc. Dans la nuit du 4 au 5 juin 1977, l'ouvrier Pierre Maître est abattu d'un coup de fusil devant les usines des Verreries mécaniques de Reims alors que deux de ses camarades sont blessés. Cinq militants de la CFT Citroën – dont quatre membres du SAC – ont organisé l'expédition. La CFT change alors de nom et se mue en CSL (Confédération des syndicats libres) que l'on retrouvera plus tard à Eurodisney. La CFT a été durant ces années le bras armé du patronat. Elle a surveillé, fiché, provoqué, intimidé et parfois assassiné des militants ouvriers. Si les « jaunes » existent depuis longtemps, la CFT est surtout constituée de professionnels de la répression et de la violence uniquement payés pour assurer le rôle de mercenaires des industriels. L'appareil d'Etat a cautionné ces pratiques qui s'inscrivaient dans un climat idéologique favorable.
Henri Curiel est abattu le 4 mai 1978. L'exécution de « l'agent du KGB Henri Curiel » (dixit les assassins) est revendiquée par un communiqué signé Delta « au nom de tous nos morts ». Ce militant anticolonialiste, communiste, animateur de l'organisation Solidarité dérangeait beaucoup de monde. Différentes hypothèses furent émises…
Le 20 septembre 1979, Pierre Goldman, révolutionnaire convaincu, est tué par balle par un mystérieux commando « Honneur de la police ». Encore entourés de mystère, ces deux affaires, par les méthodes utilisées et les cibles choisies, s'inscrivent dans la stratégie de la guerre contre-révolutionnaire. Comme nous l'avons constaté, ni Pompidou, ni Giscard d'Estaing n'ont rompu avec la barbouzerie.
Mitterrand, qui disait pourtant en avoir été victime (affaire de l'Observatoire par exemple), gardera, une fois au pouvoir, les bonnes vieilles habitudes, dans un style plus… socialiste.
En France, il abandonne l'utilisation des truands et autres aventuriers mythomanes. Il se détache aussi de la police en laquelle il n'a aucune confiance. Il se tourne vers les gendarmes et créé en 1982 la cellule élyséenne. Il prend pour sa protection rapprochée Christian Prouteau, qui fait appel au capitaine Barril. Ils agissent comme une police parallèle sous la coupe directe de Mitterrand. Ils s'illustrent dans quelques affaires retentissantes comme celle des Irlandais de Vincennes ou du Rainbow warrior. Des dizaines de personnes de tous les milieux sont aussi placées sur écoute.
A partir de 1983, les Gal agissent en France pour éliminer des militants basques. Quelques affaires rappellent les méthodes de basse police du passé. En 1987, l'avocat algérien défenseur des droits de l'homme Ali Mecili est abattu en plein Paris, son assassin est expulsé en urgence absolue vers Alger. En 1988 Dulcie September, la représentante de l'ANC en France est assassinée sur le sol français, sans que cette opération soit totalement élucidée, un journal sud-africain affirmera que la victime avait pris connaissance d'informations compromettantes sur les ventes d'armes de la France à l'Afrique du sud. L'usage de ces méthodes continue en Afrique francophone faisant d'ailleurs passer ce que nous venons de décrire pour des jeux de cours de récréation. Partie prenante des évolutions économiques et sociales, la barbouzerie se privatise (où sont les grévistes ?). Le patronat peut désormais se défendre seul. La « subversion » qui justifiait l'emploi de ces méthodes extra légales est si faible que le cadre pénal et policier suffit largement à éteindre les débuts d'incendie.
Aujourd’hui, les rapports à l'action politique ont beaucoup évolué, un conseiller en communication aux dents longues et blanches se révèle souvent bien plus efficace qu'une bonne vieille barbouze aux mains calleuses…
Pierre Dun
18:30 Publié dans 2. Articles | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : SDECE, SAC, barbouzes, OAS, CIA
Commentaires
Pour ceux ne lisant pas Le Canard Enchaîné, journal courageux qui ne fait pas que dans les secrets d'alcôves (la révélation du Rainbow c'est lui), ces questions de l'ombre ne peuvent qu'interpeller le citoyen. Elles sont en effet révélatrices de la mystification de l'intérêt général par des intérêts privés. Merci de nous avoir fait connaître ce texte sans concessions qui récapitule assez bien toute une part peu expliquée de la vie politique.
Un panorama n'est pas chose aisée. Aurait certes pu être évoqué aussi l'auto-amnistie des députés français pour ceux accusés de corruption (la loi de financement des partis n'a hélas pas résolu certaines pratiques) voire être fait un comparatif avec la mafia italienne réinstallée par les américains après Mussolini mais la liste serait tellement longue (le cas de l'Afrique est long comme un botin, pensons not. aux divers pays ayant éliminé les intellectuels panafricains dans les années 60).
Néanmoins, puisqu'on parle de raisonner la raison d'Etat, ne s'en pose pas moins la nécessité du "secret défense" pour certaines actions visant à protéger réellement le pays avec la force si besoin est (par ex. la surveillance de l'espionnage industriel). Un Etat après tout ne se maintient qu'en ce qu'il exerce le "monopole légitime de la violence" (qui n'est pas à proprement parler violence mais force publique) et cela autant sous le roué que sous la République.
Hélas pour contrôler les services secrets qui laissés à eux-mêmes peuvent être dangereux (cf. cas américain avec les narco-dollars), à part les politiciens il ne reste que les magistrats. Or dans notre pays, ceux-ci voient leur carrière ou postes sous tutelle politique.
La raison d'Etat ne serait-elle alors en définitive qu'un "mal nécesaire" se devant d'éviter tout abus ou bien, ce que montre par ex. le cinéaste Roland Joffé, l'aveuglement destructeur du pouvoir qui veut toujours plus de puissance ? D'autre part, la raison d'Etat peut-elle être traitée indépendamment ou non d'une économie quand bien même celle-ci serait déconnectée de la vie des nations (cf. les analyses de Venner, dans Le siècle de 1914, sur la dérégulation qu'entraîna l'émergence yankee du capitalisme boursier des petits porteurs) ? En tout cas, une chose modifie la donne, c'est que la question se retrouve sur la place publique, même si elle est hélas trop peu relayée.
Ecrit par : Nihilist Team | 31.08.2006
12:31 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
17.06.2007
Les basses oeuvres de l'Oncle Sam
25.08.2006
Après la deuxième guerre mondiale, la CIA active des groupes, qui, avec l’OTAN, doivent sauvegarder l’influence américaine en Europe.
Ces groupes « stay behind » sont créés au nord dans les pays scandinaves ; dans le midi en Italie ; et en Belgique.
Dans un rapport des services secrets italiens on peut lire : « La réaction se base sur deux méthodes parallèles : l’action psychologique et le terrorisme. Elle se définie comme la guerre contre-révolutionnaire. » En d’autres mots : garder la population divisée, dans la peur et l’incertitude, pour qu’ensuite elle puisse apprécier la nécessité d’une domination absolue de tous les services de renseignements et que l’appareil d’état abandonne apparemment volontairement sa souveraineté à ces services pour préserver la démocratie …
A partir de 1968, dans le capo Marrargiu en Sardaigne, une base de l’OTAN sert à l’entraînement des premiers groupes anti-communistes. Ils sont instruits pour la propagande, la désinformation, les techniques de guérilla et les actes de sabotage. Les murs des salles d’entraînement affichent le slogan : Je sers la liberté en silence. On estime qu’en six ans, pas moins de 4000 agents européens effectuent leur stage dans ce camp. Plus tard, la commission italienne sur le terrorisme reconnaîtra l’existence de la base. Un document du ministère de la défense américain, signé par le général Westmoreland, chef de l’état major, décrit précisément la stratégie de l’OTAN en Europe: des services secrets mettent en place des activités terroristes en manipulant l’extrême gauche ainsi que l’extrême droite, afin de faire croire à l’opinion publique que l’idéologie communiste ne peut être freinée que par les moyens militaires américains. Le document contient les recommandations suivantes : « Les services secrets de l’armée américaine doivent posséder les moyens de réaliser des opérations spéciales qui convainquent le gouvernement et l’opinion publique de la nécessité de réagir. Ils doivent infiltrer tous les milieux révolutionnaires et mettre en place des actions spectaculaires. » La paranoïa des américains est tangible : au cas où les gouvernements européens ne reconnaissent pas le danger révolutionnaire, « les groupes se doivent de passer à l’action, sans se préoccuper de l’aspect éthique et humaniste de ces actes militaires … »
L’année 1969 donne l’exemple parfait de la terreur qui va envelopper l‘Europe. Au cours de l’année, l’Italie fut terrorisée par 145 attentats. Des innocents perdirent la vie en masse. Pendant ces années, la SID (Servizio Informazione Difesa), en essayant de résoudre les crimes, poursuit en vain la piste de rebelles de gauche, de droite ou anarchistes. Finalement, les chercheurs poursuivent la piste de l’extrême droite, ce qui en 1974 mène à des inculpations à l’adresse du directeur de la Sûreté même, le général Vito Miceli.
Ensuite — suivant ce même scénario américain — commence l’épisode sanglant de terreur d’extrême gauche sous le nom des Brigades Rouges (un terme tout aussi stéréotype que les ’Cellules Communistes Combattantes’).L’assassinat politique d’Aldo Moro est étonnant. Certains juges suspectent ouvertement l’implication de la sécurité d’état italienne dans les attaques. Lors des attentats à la bombe, on constate que les explosifs utilisés n’existent que dans les cercles militaires. L’interview de mars 2001 dans le journal britannique The Guardian, du général Gianadelio Maletti, chef du contre-espionnage italien de 1971 à 1975, ne laisse aucun doute :
"Un ancien général des services secrets italiens affirme que les services de renseignement américains ont manipulé le terrorisme d’extrême droite en Italie durant les années 1970. L’assertion a été faite par le général Gianadelio Maletti, l’ancien chef du service de contre-espionnage militaire. Le général Maletti, qui fut chef de la section de contre-espionnage du service de renseignement militaire entre 1971 et 1975, indique que ses hommes avaient découvert un approvisionnement d’explosifs militaires venant d’Allemagne pour une cellule terroriste de droite situé dans la région de Venise.
« Ces explosifs ont été obtenu grâce à l’aide des membres de la CIA : une indication que les américains allaient au-delà de l’infiltration et l’observation de groupes extrémistes afin d’instiguer des actes violents. La CIA, obéissant aux directives de son gouvernement, voulait créer un nationalisme italien capable d’arrêter ce qu’elle considérait comme un tournant vers la gauche, et pour atteindre ce but elle utilisa le terrorisme … »
Bref, la vague de terreur qui enveloppe l’Italie suit parfaitement le scénario Gladio. Qu’il existât un lien entre la terreur italienne et la CIA, comme le général Marcelli l’indique, était déjà connu auparavant. En 1976 a eu lieu aux USA une commission d’enquête dirigée par le sénateur Pike. On peut lire dans ses récits que l’ambassade américaine à Rome a payé un haut fonctionnaire des services secrets italiens, pour qu’un groupe d’extrême droite puisse renverser le gouvernement et le remplacer par un régime plus favorable. En 1983, les services de renseignements italiens publient une étude sur le trafic d’armes international. On peut y lire qu’ avec l’accord d’Alexander Haig et d’ Henri Kissinger (à ce moment chef adjoint et président du Conseil de Sécurité Nationale), la Sûreté d’état italienne avait recruté quatre cents officiers militaires au sein de la loge-P2.
Ceci sera confirmé plus tard par Richard Brenneke, un ex-agent de la CIA, dans une interview télévisée. L’ex-agent sait de quoi il parle, puisqu’il opérait au sein du réseau Gladio même, comme transporteur d’armes. Brennecke déclare que le gouvernement américain dépensait mensuellement pas moins que $10 million pour cette opération. « On a utilisé la loge durant les années ’70 et 80 (...) afin de développer le terrorisme en Italie, et dans d’autres pays. Cette loge est toujours active car elle disparaît , se transforme au gré des circonstances; mais sa structure de commandement, directement issue de la CIA demeure »
En 1980, un attentat dans la gare de Bologne fait 85 morts. L’équipe d’investigation sur l’attentat ne formule sa conclusion qu’en 1986, après des années de sabotage par la Sûreté d’état italienne : une structure privée existe, en Italie, composée de militaires et de citoyens , avec comme but d’influencer la démocratie par des moyens non démocratiques. Pour atteindre ce but, le groupe se sert des attentats organisés par des mouvements néo-fascistes. « Il constitue une forme de gouvernement invisible, dans lequel la loge-P2, certains services secrets, le crime organisé et le terrorisme sont intimement liés » concluent les juges .
Le 16 août 1983, la police de la commune de Forêt en Belgique intervient dans une querelle entre un certain Marcel Barbier et son frère : Barbier menace des citoyens avec un fusil . Pendant l’investigation, les agents de police font une prise étonnante à son domicile rue de Parme : les agents tombent sur un sac contenant des dizaines de messages télex ’OTAN’ et ’confidentiel’, venant du centre de commande de l’OTAN à Evère. Ce qui aurait dû être une visite de routine mène à une découverte stupéfiante: les Tueurs du Brabant recevaient leurs ordres des cercles des services de renseignements américains. Barbier admet être membre du Front de la Jeunesse, une milice notoire aux activités paramilitaires. Barbier admet aussi faire partie de la branche spéciale « terrorisme européen » de la CIA.
Que la Sûreté d’état soit impliqué dans l’organisation des attentats meurtriers des Tueurs de Brabant laisse peu de doute. Quand Jean Bultot, membre des tueurs, est questionné dans son refuge au Paraguay, il précise que certains des Tueurs faisaient parti de la Sûreté d’état.
Robert Beijer — membre des Tueurs — fera des déclarations similaires. Il dira littéralement : « Il existe une organisation, liée à la CIA, ( membres de la Sûreté d’état, gendarmerie et parquets ) dont l‘objectif est d‘entretenir la stratégie de la Tension .
Que la CIA essaye traditionnellement d’incorporer des services de renseignements étrangers sous son aile, est un secret bien gardé. Mais qu’elle sème la terreur ensuite…Partout dans le monde, ceci mène à une vague incroyable d’opérations sanglantes en Amérique Latine, Asie, Afrique mais aussi en Europe. La Sûreté d’état belge accusait systématiquement l’extrême gauche des actes de terreur en Belgique, tandis qu’il est clairement établi, qu’elle-même était impliquée. En 1985, malgré des protestations jamais vus dans l’opinion publique, des missiles nucléaires de l’OTAN s’installe sur le territoire belge. La terreur politique avait finalement atteint son but.
Plus près de nous, on a tout dit sur l'Ordre du Temple Solaire. Tout et n'importe quoi. Après les premiers massacres de Cheiry et Salvan que sait-on de cette mystérieuse organisation ? Les enquêtes françaises et suisses ont désigné les responsables de ces tueries: Jo Di Mambro et Luc Jouret, les deux gourous de la secte. L'un et l'autre ont flirté avec le monde du renseignement. Di Mambro a fréquenté le SAC, Jouret a été employé par les services secrets belges. Curieux pour des gourous.
On a beaucoup spéculé sur le passé des deux fondateurs de l'Ordre du Temple Solaire et leurs liens supposés avec d'autres organisations. Des anciens adeptes se sont souvenus avoir entendu Jo Di Mambro se réjouir de l'évasion de Licio Gelli, grand maître de la loge P2, de la prison suisse de Champ-Dollon en 1982. «Ce sont les nôtres qui ont fait le coup!», s’est exclamé Di Mambro. Ces propos ne sont pas ceux d'un gourou. Et pour cause…
Au départ, l'Ordre du Temple Solaire n'est pas une secte mais une société secrète. L'une de ces nombreuses structures néo-templières que les «pays libres» ont laissé prospérer durant la guerre froide. Indépendantes les unes des autres, elles n'en demeuraient pas moins inféodées à une autorité commune mais secrète -GLADIO- directement rattachée à l'OTAN ,mis en place avec le concours de la CIA, pour organiser la résistance en cas d'invasion soviétique ou de victoire électorale de partis voulant s‘autonomiser par rapport à la politique des USA (cf la capitulation de la « gauche française » en 1981). Le SAC, la loge P2, la plupart des organisations néo-templières et certaines obédiences maçonniques ont été parties intégrantes de ce dispositif «dormant».
Reste que l'influence de ces réseaux parallèles interpelle nos démocraties. Les organisations qui ont engendré l'OTS ont survécu. En investiguant un peu, on découvre que les multiples «officines» qui distillent régulièrement de fausses informations sur l'Ordre du Temple Solaire sont liées à l'extrême droite néonazie manipulée et fréquentée autrefois par Luc Jouret. Avant de devenir un gourou, le médecin homéopathe a été l'un des animateurs, avec le Belge Jean Thiriart, du PCN parti «nazi-maoïste». L'OTS a disparu mais d'autres structures lui ont succédé.
De nouvelles manipulations ne sont pas à exclure…Madrid, Londres, le11/9 … ?
Pierre Dun
Commentaires
Etonnant et décapant de trouver cet article ici sur ce type de blog. Un travail aussi précis et méticuleux aurait sa place dans les plus grands magazines.
Continuez.
Ecrit par : Eliane | 04.09.2006
Code pénal (lois)
Article 413-9
(Loi n° 94-89 du 1 février 1994 art. 9 Journal Officiel du 2 février 1994 en vigueur le 1er mars 1994)
Présentent un caractère de secret de la défense nationale au sens de la présente section les renseignements, procédés, objets, documents, données informatisées ou fichiers intéressant la défense nationale qui ont fait l'objet de mesures de protection destinées à restreindre leur diffusion.
Peuvent faire l'objet de telles mesures les renseignements, procédés, objets, documents, données informatisées ou fichiers dont la divulgation est de nature à nuire à la défense nationale ou pourrait conduire à la découverte d'un secret de la défense nationale.
Les niveaux de classification des renseignements, procédés, objets, documents, données informatisées ou fichiers présentant un caractère de secret de la défense nationale et les autorités chargées de définir les modalités selon lesquelles est organisée leur protection sont déterminés par décret en Conseil d'Etat.
Ecrit par : X | 04.09.2006
12:16 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Gladio, OTAN, CIA, SAC, Brigades Rouges, terrorisme, usa


